Le 27 avril 1869, Sir William E. Logan, directeur de la Commission géologique du Canada, écrivait cette note brusque à l'intention du paléontologue Elkanah Billings : « Votre absence continuelle de votre bureau est particulièrement irritante et j'ai de bonnes raisons de croire qu'elle n'est pas due aux rhumatismes. »
Les notes de service remettent les héros à leur place !

En 1820, naissait Elkanah Billings, fils d'une famille riche et importante de Bytown, villle qui deviendrait Ottawa. Après avoir reçu une formation générale à Ottawa et à Postdam (État de New York), il s'inscrit comme étudiant au Barreau du Haut-Canada. Admis au Barreau en 1844, il pratique le droit à Ottawa et Renfrew pendant huit ans. Comme de nombreux Canadiens éduqués de l'époque victorienne, Billings s'est vivement intéressé aux sciences naturelles, notamment aux fossiles découverts dans le calcaire de Trenton à proximité d'Ottawa. Billings ne voulait cependant pas demeurer toute sa vie un amateur.
En 1852, il s'embarquait dans ce qu'il convient d'appeler une campagne énergique pour devenir paléontologue professionnel et décrocher un poste. Il a d'abord laissé le barreau et, pendant trois ans, a travaillé comme rédacteur en chef du Ottawa Citizen, dans lequel il a publié une série d'articles portant sur les sciences, notamment la géologie et la paléontologie. En 1854, il publiait son premier article scientifique sur les fossiles de Trenton et, l'année suivante, il attirait l'attention de William Logan en remportant le premier prix pour un concours d'essais scientifiques à l'Exposition universelle de Paris. À ce moment, Logan était à Paris où il organisait, pour l'Exposition, une présentation des minéraux canadiens qui impressionna tant la reine Victoria que celle-ci lui conféra le titre de chevalier. En 1856, Billings se hisse parmi les professionnels de la paléontologie en lançant un journal mensuel, le Canadian Naturalist and Geologist, dont il est le rédacteur en chef et l'un des principaux auteurs. Les scientifiques canadiens, notamment ceux de la Commission géologique du Canada, reconnaissant l'importance d'un périodique, accordèrent leur appui enthousiaste au journal de Billings. Fort de son titre, et maintenant considéré comme un héros canadien, Sir William utilise son prestige et son autorité renouvelé auprès du gouvernement de la province du Canada pour faire augmenter le financement de la Commission, ce qui lui permit d'engager plus de personnel – y compris un paléontologue. Logan put donc offrir un poste de paléontologue de la Commission à l'avocat de naguère. En août 1856, Billings avait atteint l'objectif de sa campagne de quatre ans.

Immédiatement, Billings entreprit d'identifier et d'organiser l'immense collection de fossiles consti pendant les vingt premières années d'activité de la Commission et à en décrire et interpréter les spécimens les plus importants. Son premier rapport d'avancement, qui ne couvrait que ses cinq premiers mois de travail à la Commission, comptait une centaine de page, ce qui démontrait l'utilité de son travail à la Commission géologique. Celle-ci devait auparavant compter sur la gentillesse de paléontologues britanniques ou américains pour de rares expertises fossiliaires. En 1863, il avait déjà publié la description de 526 nouvelles espèces de fossiles. Bien que Billings n'avait que peu d'expérience pratique, il a démontré qu'il possédait une aptitude quasi instinctive pour l'identification et la classification des invertébrés fossilisés du Paléozoïque.